Pendant que de nombreux états africains se préparent à fêter le cinquantenaire de leur accession à l’indépendance, il est sans doute utile d’amorcer, même partiellement, un bilan d’un demi-siècle dans la vie des peuples africains. Il y a donc cinq décennies, plusieurs pays d’Afrique Noire accédaient dans l’euphorie à l’indépendance. En Afrique Subsaharienne, deux pays d’Afrique de l’Ouest allaient ouvrir la marche. La Gold Coast accède à l’indépendance en 1956 sous le nom de Ghana et le leadership de Kwamé Nkrumah, suivie en 1958 de la Guinée Conakry sous la direction de Ahmed Sekou Touré. Le premier sera renversé par un coup d’état militaire pro-occidental, le second se maintiendra au pouvoir pendant des décennies par un régime de dictature sanglante d’inspiration « socialiste ». Par la suite, la mainmise occidentale se confirme sur l’ensemble des pays indépendants du continent malgré des percées éphémères et généralement superficielles des pays de l’Est. Dans les années quatre vingt dix, après plus d’une décennie de crises économiques et financières et de programmes d’ajustement structurel qui ont plongé les populations dans une misère sans précédent, nombre de peuples africains profitent de la chute du mur de Berlin et de la fin de la guerre froide pour remettre en question les régimes dictatoriaux en place. Les conférences nationales contribuent à changer la physionomie politique du continent et la démocratie fait des avancées substantielles avec l’organisation d’élections régulières et l’amélioration des systèmes électoraux. Les dictatures militaires et civiles sont remises partout en question. Mais paradoxalement, la première décennie du XXIe siècle se signale par de nouvelles tendances à la régression démocratique qui n’ont pas manqué d’inquiéter les opinions publiques à l’intérieur et à l’extérieur du continent. De nouvelles formes de crises sont apparues avec la volonté de certains chefs d’Etat de se maintenir au pouvoir, indéfiniment, malgré l’hostilité des populations, ce qui a créé des conditions favorables à de nouveaux coups d’Etat militaires en Mauritanie et au Niger notamment. Ailleurs la volonté de diviser la nation sur des bases ethniques a conduit à des crises sanglantes ; mais paradoxalement ces dernières années ont démontré la nouvelle maturité conquise par les peuples africains (militaires et civils confondus) qui ont appris, dans la plupart des cas, à tirer les leçons du passé. Militaires et civils savent désormais qu’ils sont tous l’émanation d’un même peuple au destin solidaire et que nul ne peut croiser les bras face aux menaces qui pèsent sur la Nation. Ces derniers mois, les cas du Niger, de la Guinée Conakry et de la Côte d’Ivoire, pour nous en tenir à ce qui s’est passé en Afrique de l’Ouest, sont des illustrations d’une nouvelle dynamique africaine d’opposition à toute volonté d’imposer par la force, par la fraude ou par des manipulations constitutionnelles, des solutions politiques unilatérales aux problèmes qui se posent à nos pays. Nous devons tous saluer ces évolutions dont les institutions comme la CEDEAO, l’UA et les Nations Unies ont, du reste, compris le caractère positif et qu’elles s’efforcent d’encadrer pour que les transitions démocratiques puissent s’achever dans le dialogue et l’élaboration de consensus viables et durables. Il est souhaitable que notre pays le Sénégal puisse, dans le contexte actuel, dépasser l’unilatéralisme ravageur du régime de Abdoulaye Wade pour comprendre la nécessité de répondre à l’impératif d’un dialogue sincère et constructif. Accepter de répondre aux exigences de l’opposition pour un dialogue sérieux encadré et garanti par les leaders religieux et la société civile, renoncer à sa candidature pour ramener la sérénité dans le débat politique, telles sont les décisions courageuses que l’opinion publique nationale et internationale attend du Président Abdoulaye Wade qui pourra, ainsi seulement, fêter dans l’unité et la concorde nationales retrouvées, le cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal. Toute autre voie exposerait notre pays, en dépit de toutes les fanfaronnades, à de graves dangers dont le Président Wade lui-même et ses proches seraient les premiers responsables et qu’ils ne pourraient que regretter, plus tard. Il est encore temps pour les sénégalais de se retrouver, une fois de plus, dans un sursaut salvateur pour éviter à ce pays, que nous aimons tous, des épreuves traumatisantes. L’opposition devra, elle aussi, faire preuve d’une grande maturité pour éviter les manœuvres de division du pouvoir et aller dans la solidarité vers les batailles politiques à venir, afin de renforcer l’isolement politique du Président Wade et rallier tous les responsables et militants patriotes, y compris ceux du PDS, dans cette bataille nationale que le peuple a l’obligation de gagner, pour envisager un avenir prometteur pour notre pays. Après l’échec lamentable de la cérémonie de lancement des festivités du cinquantenaire et le flop retentissant du concert de solidarité avec le peuple Haïtien à cause du soutien du Président Abdoulaye Wade, il serait temps que le chef de l’Etat comprenne que son impopularité lui impose désormais de devenir plus réaliste et plus humble. Les Assises Nationales que les parties prenantes ont menées dans la détermination mais aussi la plus grande responsabilité, ont abouti à des conclusions que l’essentiel des sénégalais partagent et qu’il est important de prendre désormais en compte dans tout effort de solution des graves problèmes que rencontre notre pays. Le mouvement citoyen initié à l’occasion des assises a atteint une dimension inégalée et il a su se doter d’une direction reconnue et compétente qui a forcé le respect de tous, au niveau national et international. Ce mouvement a conquis sa légitimité et il est désormais un acteur « politique » incontournable dans notre pays sur toutes les questions y compris les questions électorales. Accepter de prendre en compte toutes ces données ne fera qu’aider les uns et les autres à joindre leurs efforts pour sauver notre bien commun : le Sénégal, en ces temps de terrible incertitude. Landing SAVANE Secrétaire Général de And-Jëf/PADS













